Bookshop
  • Français
  • English
  • Nouvelles de danse

    NDD#81 – Dossier – Public : Comment lui faire signe(s) ?

    Par Alexia Psarolis

     

    De quelle(s) façon(s) un lieu culturel construit-il son image ? Quels signes émet-il en direction des publics qu’il souhaite toucher ? Quelques pistes de réflexion pour des questions aux réponses plurielles.

     

    Britannique, indien ou sud-africain, prénommé Delta, Lambda, voire Epsilon, le virus n’empêche pas (encore) la Belgique de relancer ses activités culturelles. Théâtres et centres d’art s’attèlent depuis plusieurs mois à penser l’accueil du public, le plus sécurisé et chaleureux possible, avec ou sans Covid Safe Ticket, selon les régions. Les précieuses activités de médiation reprennent également, à l’instar des « bords de scène » et autres rendez-vous conviviaux post-spectacles. Mais quels (autres) chemins mènent-ils à la danse ? Avant même l’entrée dans un théâtre, avant d’avoir pénétré dans la salle, quels sont les signaux repérables et signifiants qui interpellent potentiellement le public, ce futur spectateur non initié qui ne détient pas les codes ? L’architecture d’un bâtiment, une affiche, un dépliant, un site web… autant de portes pour entrer (ou non) dans le monde de l’art.

     

    Tous les signaux – donc porteurs de sens – sont le terrain privilégié des sémiologues, dont Roland Barthes, dans les années 60-70, a été, en France, l’une des figures les plus emblématiques. Ce qu’on nomme désormais « identité visuelle » est passée au crible des théoriciens, les experts en marketing n’ayant pas tardé à en comprendre les enjeux commerciaux. Dans le champ culturel, avouons-le, les sémiologues ne courent pas les salles. Gwenaëlle de Kerret, que nous avons sollicitée, a développé son expertise en direction des institutions culturelles, qui bénéficient en retour d’outils de valorisation de ce qu’elles font, de façon à la fois plus sensible et moins commerciale que ce que propose le marketing.
    Visuels au noir prédominant, polices de caractères manquant parfois de lisibilité, sites web souvent confus ou minimalistes, bâtiments impressionnants à la signalétique défaillante… Les tiers-lieux, espaces aux multiples usages (foyers, cafés, salles de spectacle…) se sont érigés à contre-courant, privilégiant l’accessibilité et la convivialité… qui ne font pas pour autant l’unanimité. L’architecte Xavier Fabre, concepteur de nombreux théâtres en France, développe un point de vue critique face à « ce leitmotiv contemporain de renforcer l’attractivité du spectacle par l’attractivité de l’expérience spatiale ».

    Parallèlement à l’architecture, les agences de graphisme contribuent à la construction de cette image, pensée par l’émetteur (le lieu culturel) pour le destinataire final : le public. Comment le 140, théâtre multidisciplinaire à Bruxelles, le Théâtre de Namur et le Kunstenfestivaldesarts, festival international des arts de la scène, élaborent-ils leurs identités graphiques et pour qui ? Entretiens avec les agences mpoint, Piknik Graphic et la responsable de la communication du KFDA, trois exemples pour comprendre comment se forge l’esprit d’un lieu.

     

    Autres émetteurs de signaux – et non des moindres-, les discours sur la danse tiennent une place privilégiée dans l’élaboration d’une image. Si la place accordée dans la presse à l’art chorégraphique est, ces dernières années, réduite à peau de chagrin, cette disparition de l’espace médiatique traditionnel et de la presse spécialisée a été contrebalancée par les réseaux sociaux, devenus des canaux privilégiés pour l’annonces de spectacles. Ce transfert médiatique permet de donner de la visibilité en un temps record, sans engendrer des moyens financiers conséquents. Néanmoins, cette facilité de communication ne parvient pas à éluder la question de fond : comment parler de la danse aux néophytes ? Dans les dossiers de presse, les feuilles de salle et autres documents promotionnels, artistes et « communicants » cèdent à la tentation narrative, transformant l’intention artistique en récit au risque de brouiller le message pour, in fine, proposer une expérience sensible.

     

    Pour pallier le manque de visibilité de la danse contemporaine, le réseau « Brussels, dance ! », créé en 2016, fédère 15 lieux culturels qui conçoivent leur communication en réseau pour permettre le développement de nouveaux publics. Objectif atteint ? Après quelques éditions, le bilan, de ce point de vue, demeure encore en demi-teinte. Car renouveler les publics impliquent du temps… et bien d’autres paramètres encore. En France, le sociologue Patrick Germain-Thomas pointe, entre autres failles, la faible diffusion des connaissances théoriques et techniques sur la danse et son histoire, ce qui contribue à entretenir un ensemble de préjugés et de stéréotypes dont il n’est pas aisé de se défaire.

    Élargir les publics. Conserver une cohérence entre l’image que l’on (se) construit, les discours que l’on développe et ses choix de programmation. Diversifier les propositions artistiques pour garantir la richesse du paysage chorégraphique. Jongler entre exigence et accessibilité. Et, enfin, agir à tous les niveaux du système. Complexe… mais néanmoins passionnant •

     

    Dossier en ligne :

    > L’emprise des signes. Entretien avec la sémiologue Gwenaëlle de Kerret
    > Tiers-lieux, demi-mesures ?
    > Qu’est-ce qu’un tiers-lieu ?
    > Identité graphique : l’esprit du lieu
    > Communiquer en réseau. Le cas Brussels, dance !
    > La création chorégraphique contemporaine : ouverture aux publics !

     

     

    0

    Le Panier est vide