NDD 90 - avril 2025
Le feed-back ou l’art du retour
Comment formuler des retours sur une œuvre en cours de création ou après un spectacle ? Comment prendre soin de ces moments de fragilité pour l’artiste ? Des outils existent pour aiguiser son regard et s’exprimer.
« Magnifique ! »
« Intéressant… » Silence.
Dithyrambique, sceptique ou mutique, le retour sur une œuvre n’est pas chose facile. Trop souvent associé à une appréciation binaire (j’aime ou j’aime pas), produire un retour demeure tout un art… ou plutôt une technique qui s’apprend grâce à de nombreux outils développés expressément pour la création artistique.
Nommé « retour », « rétroaction » ou encore « feed-back », quel que soit le vocable, il constitue un sujet d’étude pour les sciences du langage qui ont théorisé la triangulation que forment le locuteur, le récepteur et le message. Ces approches linguistiques (développées dans le champ de la pragmatique) n’ont cependant pas imprégné le monde de la création artistique, qui, bien que régi par des règles spécifiques, offre un cadre assimilable au modèle communicationnel avec la triade que constituent l’artiste, l’œuvre et le spectateur ou la spectatrice.
La maladresse des retours, leur violence ou leur absence mettent en fragilité, voire en souffrance, celui ou celle qui les reçoit dans son quotidien, dans des situations de travail, artistique ou non. Selon plusieurs modèles d’évaluation du stress au travail, le retour est une ressource importante, favorisant l’engagement et la motivation au travail. Comment transformer le retour vu comme une contrainte en une véritable ressource ? C’est l’axe développé par Vanessa Vallée et Stéphane Gornikowski dans Le Guide du retour, une publication inédite qui recense quelques techniques développées et destinées spécifiquement au contexte de la création artistique. Ces outils mis à disposition sont destinés à offrir un cadre de dialogue constructif entre lieux de programmation et artistes. Mathilde Villeneuve, directrice artistique du centre d’art Buda, à Courtrai, livre, à cet égard, un exemple de (bonnes) pratiques pour un accueil optimal des artistes en résidence. À l’instar des auteurs du Guide du retour, la danseuse et chorégraphe Fanny Brouyaux relie également cette question à la notion de care. C’est dans cet esprit qu’elle a initié des ateliers, Les Complicités chorégraphiques, qui viennent de connaître leur deuxième édition. Donner ou « nourrir en retour » (traduction littérale de feed-back, en anglais) serait une sorte de troc où l’artiste dévoile son œuvre et la fait évoluer en échange de regards.
Qu’est-ce que j’observe ? C’est la question à laquelle sont invités à répondre spectateurs et spectatrices, ces destinataires enfants ou adultes formant le troisième pôle de ce système triangulaire. Une interrogation dont la simplicité n’est qu’apparente. Dans ce contexte de réception, l’outil philosophique constitue une autre ressource à mobiliser pour ouvrir le dialogue sans jugement, mettre en lien et réfléchir via des ateliers menés, entre autres, par Philocité avec, pour objectif, l’émancipation par l’art. Prendre soin, s’émanciper… des enjeux à dimension politique qui, on l’aura compris, excèdent le cadre de la création artistique.
Anciens regards croisés
Les regards croisés
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Vient de paraître
N° 90
Ce numéro propose un dossier sur le feed-back ou l’art du retour, des livres sur l’histoire de la danse et les entretiens de quatre chorégraphes sur leur processus créatif. Louise Vanneste, Louise Baduel, Arco Renz et Ikue Nagakawa nous révèlent leurs coulisses.
