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    Anne Golaz

    Orchestre vide, longing for you – Entretien avec Habib Ben Tanfous

    En création Tous les articles Avril 1, 2026
    © Marc Domage

    Dans Orchestre vide, longing for you, Habib Ben Tanfous explore en quoi le karaoké peut être vecteur de connexions, de liens entre les gens. Dans un espace performatif partagé, il fait l’éloge des corps kitsch, d’une danse sensible et vulnérable.


    Quel est le point de départ, ton intention avec cette pièce ?

    Les débuts de cette pièce remontent à très loin. J’ai créé une première tentative de spectacle sur les mêmes questionnements au cours de ma formation au Tremplin Hip-Hop. En 2023, je commence à y réfléchir plus sérieusement, ça devient un travail dramaturgique. Je fais une recherche sur la vulnérabilité dans un dispositif karaoké et comment ce dispositif peut créer des états de corps sensibles.

    Dans la pièce telle qu’elle sera au Théâtre Varia, l’idée est de créer un espace performatif partagé. Le dispositif du karaoké sera mis en place en amont de la représentation et les gens seront invités à venir chanter autant qu’ils veulent avant le spectacle. On glissera tout doucement dans la performance, dans un espace magique où les rêves sont réels, le temps d’une chanson. Le karaoké peut produire un endroit hétérotopique, dans le sens où on est en même temps sur scène et dans d’autres espaces, dans des souvenirs, dans des rêves.

    Mon intention est aussi de faire l’éloge d’une danse fragile, sensible et vulnérable. Ça a parfois une connotation un peu négative, mais je l’imagine autrement, j’imagine des corps beaux par leurs imperfections. Je cherche une autre virtuosité, à l’endroit du sensible, plus qu’à l’endroit physique et technique du corps qui danse.

    Comment fais-tu dialoguer danse, théâtre et karaoké ?

    Je pense que ce qui pourrait caractériser mon travail est la danse-théâtre. J’ai été très influencé lors de ma formation par le parcours de Pina Bausch et d’autres en Belgique. Quand j’imagine des scènes, j’imagine des personnages qui agissent avec une intention très claire. Mais, ce qui m’intéresse, c’est le corps et comment il s’exprime à travers ces enjeux-là.

    Dans cette pièce, ce que j’essaie de travailler, c’est le « trop ». Sur scène, on est un peu trop joyeux, trop émotifs. On a trop envie de chanter, de danser. Le corps trop-plein m’intéresse. Ce sont des êtres qui n’attendent qu’à déborder. Ce débordement passe par la danse, mais il y a une sorte de progression émotionnelle théâtrale.

    Y a-t-il un lien entre ces personnages too much et une esthétique du kitsch ?

    Oui, cette esthétique me touche très fort, je ne la vois pas comme du mauvais goût. Je la vois comme une volonté d’être trop et d’être vrai avec ça. Il y a aussi la notion d’émancipation par le kitsch. Dans le travail, il y a une sorte de conflictualité entre des corps socialement éduqués qui ne dépassent pas et des corps kitsch qui débordent. À l’endroit de la représentation, ce sont des corps kitsch, entourés de corps moins kitsch.

    Tout le monde ne devient-il pas un peu kitsch au karaoké ?

    Complètement. En tout cas, pour avoir beaucoup pratiqué le karaoké, j’ai vu des scènes incroyables. Où quelqu’un chante Claude François et, lors d’un instant, il est Claude François. L’espace change parce que les gens sont tellement avec cette personne qu’ils commencent à danser avec elle, alors qu’ils ne la connaissent pas.

    Il y a une sorte de culture commune qui fait qu’on a tous un lien avec certaines chansons. Quand on voit l’autre chanter, on est à fond avec ou à fond contre, mais ça ne nous laisse pas de marbre. Le karaoké, c’est un espace qui crée du lien entre les gens.

    Prochaines dates

    Du 16 au 24 avril, Théâtre Varia, Bruxelles
    Les 15 et 16 mai, Les Écuries-Charleroi danse, Charleroi

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