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    Anne Golaz

    Cérémonies – Entretien avec Eliana Stroobants et Côme Michaux Maimone

    En création Tous les articles Avril 1, 2026
    © Hanya Naji

    Dans cette première création, Eliana Stroobants et Côme Michaux Maimone abordent la question des rituels sociaux. À mi-chemin entre danse, théâtre, magie nouvelle et marionnettes, la pièce met en scène une maîtresse de cérémonie dans un huis clos où la réalité se fissure et l’imaginaire prend vie.

    Quels sont les points de départ de la création ?

    ES : Je travaillais déjà sur le personnage de la veuve, que je présentais dans des cabarets. J’avais envie de travailler sur le deuil, de venir avec quelque chose d’un peu contradictoire avec ce que peut être le cabaret, d’amener des choses qui ne se montrent pas. Et puis je me suis dit, le pendant de la veuve, c’est la mariée. J’ai récupéré la robe de ma mère et j’ai commencé à présenter la veuve et la mariée lors des scènes ouvertes des cabarets. Et ce qui ressortait de cette danse était une forme de dualité entre l’enfermement et l’explosion.

    CMM : Le mariage et le deuil renvoient aux rituels de nos sociétés, qu’ils soient officiels ou plus officieux. Lors de la recherche s’est ajouté le personnage de l’enfant contraint de rester à table, enfermé dans tout le processus d’éducation qui a souvent lieu lors du repas.

    ES : On s’est rapidement rendu compte que ces trois figures étaient assez figées. Ce qu’il reste finalement de tout ça, c’est le personnage d’une maîtresse de cérémonie et la table, cet espace où l’on est contraint de se retrouver, ou pas.

    CMM : Cette figure de la table est au centre. C’est la table du repas qui devient la table des mondanités ou de la négociation, sur laquelle on tape du poing pour prendre le pouvoir. Il y a cette tension entre l’individu et la chape du rituel social dans laquelle il se trouve.

    Comment faites-vous dialoguer les différentes disciplines ?

    ES : Mon esprit fonctionne avec des images qui m’arrivent et qui restent, j’avais par exemple l’idée de reproduire plusieurs fois mon visage. On s’est retrouvés en résidence à la maison de la marionnette, c’était le moment d’explorer la manipulation de cette tête en plâtre pour servir une image qui est celle de la dissociation, d’une identité fracturée.

    Dans la formation de magie nouvelle1 que j’ai suivie, il y avait un module de marionnettes, car, entre les deux, il y a beaucoup de similitudes. Je viens des danses hip-hop et j’intègre dans mon travail des éléments du popping, un style dans lequel la notion d’arrêts et de points fixes est présente, comme avec les marionnettes. J’ai commencé à trouver des liens entre toutes ces disciplines pour créer des illusions. J’avais envie de matérialiser l’imagination, de faire en sorte que le décor prenne vie dans cet univers enfermé et aseptisé.

    On s’est aussi questionné sur le corps dansé, le corps en jeu et le corps quotidien pour créer notre propre façon d’amener le rapport entre danse, théâtre et performance.

    CMM : Au niveau de la dramaturgie de la danse, on cherche à trouver une forme de cohérence, que le corps dansé arrive à un endroit où le corps quotidien n’en peut plus, où ça dépasse trop. Le corps dansé va venir créer des failles de l’énigme, de l’étrangeté, du décalage. La danse n’est pas toujours visible, mais elle est toujours là, en dessous. Dans l’ensemble, on mène une réflexion sur ce que l’on voit, ou pas. Le visible, l’invisible.

    ES : La lumière est aussi très importante parce qu’on travaille sur le clair-obscur. Dès le début de la création, j’ai travaillé avec le fait d’être sous la lumière ou juste à côté.

    CMM : C’est très visuel. Visuel et rythmique, comme un tableau en mouvement.

    1 La « magie nouvelle », théorisée par la Compagnie 14:20, détourne le réel pour créer une surréalité qui brouille la frontière entre réalité et illusion. Grâce à des effets comme l’invisibilité, la lévitation ou le ralenti, elle est utilisée comme un langage narratif pour susciter un « sentiment magique ».

    Prochaines dates :

    Du 8 au 24 avril, Les Riches-Claires, Bruxelles

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