Anne Golaz
BETON- Entretien avec Julien Carlier
Nouvelle création in situ de Julien Carlier, la pièce BETON fait du skatepark un espace de danse et de la pratique du skateboard une proposition chorégraphique. L’artiste tisse des liens entre les disciplines et poursuit sa recherche dans des lieux atypiques.
Quels sont les points de départ de cette création ?
Il y a une dizaine d’années, j’ai fait une série de photos autour du skatepark des Ursulines à Bruxelles. Je trouvais cet endroit fascinant, tout en béton, très urbain, mais avec des courbes organiques. Derrière les grillages, au loin, la ville se dessine en plusieurs plans.
Par ailleurs, j’ai beaucoup skaté autour de mes 14 ans. J’ai l’impression que ça fait toujours partie de moi. Ce n’est sans doute pas un hasard si je me suis tourné vers le breakdance ensuite. J’aime danser dans des endroits non conventionnels, explorer la ville autrement, faire partie d’une communauté un peu en marge du système.
Le rapport à l’objet « skatepark » m’intéresse, et la manière dont la pratique du skate peut entrer en dialogue avec celle du breakdance.
Quelle est ton intention avec cette pièce ?
L’un des enjeux de BETON est d’amener la danse dans le skatepark, mais aussi de mettre le skate au centre de la proposition chorégraphique. Le croisement des disciplines est au cœur du projet.
On a beaucoup travaillé à partir des modules du skatepark : le bowl, cet espace creusé, les rampes faites d’allers-retours, les nombreux plans inclinés. En danse, on a exploré les différentes manières de les utiliser. Les skateurs, eux, nous ont montré – un peu sous la forme de tutos – comment ils utilisent leurs planches, comment ils lisent l’espace et y créent leurs trajectoires.
On a cherché ce que le skate et le break partagent, mais aussi ce qui les distingue. Le rapport à l’équilibre et les figures complexes – les tricks – qui défient la gravité sont présents dans les deux pratiques. Mais les dynamiques restent très différentes, par exemple, dans l’utilisation des jambes, dans le rapport au sol et dans les tempos.
J’ai envie de mettre en avant le côté ludique de cet endroit, aux multiples facettes. Malgré le fait qu’il existe des connotations parfois plus négatives associées à ces espaces, l’enjeu principal est de les montrer comme des lieux où l’on peut s’exprimer et se sentir libres. Comme en photo, on choisit un cadre : on zoome sur certains éléments, on accentue des contrastes, on en laisse d’autres hors champ.
Dans cette logique, le son vient colorer et donner de la texture à l’espace. Par exemple, associer des bruits aquatiques à l’image du skatepark met en évidence les formes organiques de certains modules. On joue aussi sur les décalages entre les sons réels du lieu et ceux que l’on introduit. L’idée est de rester proche de la réalité du skatepark avec des petits décalages, dans une approche presque documentaire, tout en ouvrant une dimension plus poétique, où ce lieu peut apparaître comme un espace presque magique.
Comment la pièce va-t-elle s’adapter aux différents skateparks ?
La pièce s’adaptera à chaque skatepark. L’évolution restera similaire, mais les moments chorégraphiques seront déplacés et modulés comme un puzzle. J’ai toujours aimé transformer une même matière.
On aimerait également inclure un groupe de skateurs et skateuses du lieu où l’on joue, à qui l’on transmettra des parties de la chorégraphie ainsi que des moments plus libres dans le skatepark, sous forme de tâches d’improvisation en skate.
Prochaines dates
Du 11 au 13 juin 2026, skatepark des Ursulines, coprésenté par Les Brigittines et le Théâtre des Tanneurs, Bruxelles
Les 8 et 9 juillet 2026, Festival au carré, Surmars, Mons
Les 29 et 30 août 2026, Théâtre de Liège, Liège
Les 25 et 26 septembre 2026, La maison de la culture de Tournai, Tournai
