Anne Golaz
KêR– Entretien avec Florian Boutin
En breton kêr désigne à la fois la ville, le village ou la maison. Avec pour partenaire de jeu, une tente qui se transforme, le danseur, chorégraphe et architecte Florian Boutin explore la notion de « chez-soi ». Une pièce tous publics à partir de 5 ans qui invite à prendre soin des espaces que l’on incarne, que l’on créé et que l’on habite.
Quel a été ton point de départ ?
L’un des points de départ c’est une image de la bande dessinée La Maison nue de Marion Fayolle. L’un des personnages invite l’autre à rentrer dans sa tête. Elle ouvre alors une sorte de tente en forme de tête. L’image de la tente est restée. C’est la première chose que j’ai eu envie de tester.
Et puis cette BD, c’est aussi l’histoire d’une maison qui va être détruite, d’une colocation qui vit ses derniers moments. Elle parle de la vie en communauté, de ces gens qui se croisent sans se connaître mais qui créent un foyer et ont un attachement très fort à ce lieu. Tu sens que dès que les personnages rentrent, ils se lâchent complètement. Ils se permettent de dire des choses qu’ils ne diraient pas ailleurs.
Je suis aussi architecte et c’est des sujets qui m’intéressent. Où est-ce qu’on se sent chez soi ? Comment est-ce qu’on crée des espaces ? Pas uniquement architecturalement, mais aussi en tant qu’humain. Comment on arrive à créer cet endroit de réconfort, où l’on peut être complètement différent.
Dans la pièce, il y a cette idée de chez-soi à l’intérieur de son propre corps, de chez-soi comme espace architecturé et aussi de comment on emmène son chez-soi ailleurs. J’ai vécu au Québec et il y a des gens l’hiver qui font des feux dans la neige, en plein milieu de la ville, dans des braseros. Et ça crée ce sentiment de chez soi. Tu te retrouves à manger des marshmallows avec des inconnus et tu as l’impression d’être chez toi. Pourquoi ? Parce qu’il y a le feu.
La pièce s’appelle KêR, aussi en référence à cette idée du care et de comment on prend soin de tous ces espaces. À très grande échelle, la planète est aussi notre très grand chez nous. Comment est-ce qu’on en prend soin ?
Comment ton regard d’architecte a-t-il influencé la création ?
J’aime bien voir l’architecture comme quelque chose d’intangible. Au-delà que ce qui est construit, c’est ce que font les humains des espaces qui m’intéresse. On a commencé la création avec une semaine de recherche sur la lumière.
Avec Gaspar Schelck, qui est dramaturge-lumière, et Dounia Dolbec qui m’assiste à la mise en scène, on s’est retrouvés dans un studio. On y a mis une tente qu’on a éclairée. On a ajouté des d’objets, testé des images avec ces décors. Puis on a commencé à créer une ligne dramaturgique. À la fin de la semaine, on avait le fil de ce que pourrait être la pièce. Il y avait l’envie de créer un espace dans lequel l’imagination peut complètement prendre part et se développer. Où les enfants et les adultes vont pouvoir se raconter leur propre histoire.
On a ensuite commencé à se mettre en mouvement dans ces espaces, ces images qu’on avait créées. À voir comment on pouvait les faire bouger, les faire resonner. C’est peut-être là où je suis architecte. J’ai eu besoin de dessiner l’espace avant d’y mettre le corps.
Comment la tente a-t-elle trouvé sa place sur scène ?
Sur scène, la tente prend des dimensions différentes, elle se transforme. À des moments, c’est un habitat, une carapace ou juste ma tête. Elle devient parfois le personnage principal, une créature qui se déplace sur scène ou me sert juste d’accessoire.
Il y a toute une scène où je l’utilise pour faire des défilés de mode. Elle devient alors un vêtement. En tant qu’enfant et homosexuel, comment s’assumer dans sa chambre et emmener cette partie de soi à l’extérieur ? La pièce parle aussi de la transformation, de comment on grandit, comment on s’assume et de comment on sort de chez soi.
Prochaines dates :
Les 9 et 10 décembre , La Raffinerie – Charleroi danse, Bruxelles
Les 15 et 16 décembre, Les Écuries – Charleroi danse, Charleroi
Les 29, 30 et 31 janvier 2027 , Festival Bandit ! Bandiet ! des Brigittines, Bruxelles
