Anne Golaz
Mossy Eye Moor – Entretien avec Louise Vanneste
Dans le prolongement de sa recherche menée dans le cadre du Fonds de Recherche en Art (FRArt), Louise Vanneste continue d’explorer les phénomènes géologiques et nos modes de relation à travers une pratique chorégraphique et littéraire. Dans Mossy Eye Moor, elle déploie une écriture de l’environnement où corps, objets, espace, son, lumière et littérature entrent en relation dans un mouvement continu.
Quels ont été les points de départ de cette nouvelle pièce ?
Le premier point, c’est l’envie de poursuivre un travail lié à la relation imaginaire, physique ou sensorielle au non-humain, qu’il soit réel ou fictionnel. Dans ce projet, je m’intéresse aux phénomènes géologiques, plus particulièrement au métamorphisme des roches, à la montagne et aux phénomènes du feu. Lors de ma recherche dans le cadre du FRArt et pour cette création, je collabore avec la géologue Sophie Opfergelt, chercheuse et enseignante à l’Université catholique de Louvain.
Ensuite, il y a l’écriture littéraire. La littérature a toujours été présente dans mon travail, mais d’abord en périphérie. Elle venait enrober le travail de création, elle avait une influence à distance. Puis, j’ai commencé à écrire moi-même. J’ai fait l’exercice d’écrire mon solo Une incursion (2018) au lieu de le danser. J’ai mis en mots ce qui se passait physiquement et mentalement quand je dansais ce solo, ce qui stimulait mes mouvements, où j’étais. On a remplacé la partition sonore par le texte qui est venu informer et déformer la danse. J’ai alors eu envie d’écrire davantage.
Comment ces éléments se traduisent-ils dans ton travail de création ?
Les matières géologiques ouvrent de nombreux territoires d’investissement corporel, physique et chorégraphique. Les danseurs et les danseuses se mettent en relation avec une montagne ou un feu qui leur appartient. Il y a parfois quelque chose de très intime, de très émotionnel qui en ressort ou, au contraire, quelque chose de très factuel, voire formel.
Quant au texte, il crée un lien direct avec ce qu’il se passe sur le plateau, prolongeant les corps en mouvements et témoignant d’une certaine façon de ce qu’il se passe entre eux. Sa présence me permet de travailler sur la question du langage. Qu’est-ce que c’est que de communiquer quelque chose ? Qu’est-ce que le corps dit par des signes ou par une abstraction que les mots ne disent pas ? Qu’est-ce que c’est que de s’adresser à quelqu’un ?
Enfin, j’ai envie d’avoir une autre présence que les danseurs et danseuses sur scène, une présence d’objets. J’ai envie que ces objets ne soient pas simplement un décor ou une scénographie, mais des entités en présence qui regardent, s’adressent, créent aussi une relation avec les spectateurs et les spectatrices. Pour cette création, je collabore avec l’artiste plasticien Kasper Bosmans.
Comment toutes ces matières dialoguent-elles sur scène ?
Les danseuses et les danseurs se mettent en relation entre elles et eux, mais aussi avec le son, les objets, les spectateurs et les spectatrices… Toute une circulation et un système de communication se mettent en place.
J’ai toujours considéré l’écriture chorégraphique comme une écriture de l’environnement et pas seulement une écriture des corps. Pour moi, l’espace, le son, l’atmosphère, les danseurs et les danseuses, la lumière, les objets et la littérature, se révèlent les uns les autres dans un mouvement continu. Ils interagissent sans qu’il y ait de hiérarchie entre les éléments, ou plutôt dans une hiérarchie mouvante.
Prochaines dates :
Du 21 au 24 mai 2025 dans le cadre du Kunstenfestivaldesarts, Charleroi danse/La Raffinerie, Bruxelles
