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    Anne Golaz

    Kassia Undead – Entretien avec Lara Barsacq

    En création Tous les articles Septembre 29, 2025
    Photo de répétition, Liège 2025 © DR

    Dans sa nouvelle création, Lara Barsacq poursuit le travail qu’elle mène sur des personnalités féminines de l’histoire en rendant hommage à la compositrice du Moyen Âge : Kassia de Constantinople. Entre archives, fictions, documentaire et rituel, huit interprètes naviguent entre le chant et la danse pour célébrer cette femme oubliée.

    Quel est le point de départ de la création Kassia Undead ?

    L’Orchestre philharmonique et le Théâtre de Liège m’ont proposé d’imaginer une soirée avec orchestre. J’ai eu envie de découvrir une œuvre symphonique écrite par une femme. Au fil de mes recherches, je suis tombée sur Kassia de Constantinople. Ses chants m’ont bouleversée : des voix féminines d’une beauté et d’une intensité rares. Mais il s’agissait de chants religieux, a capella, qui ne correspondaient pas au format orchestral prévu.

    À cette époque, je travaillais sur La Grande Nymphe, mon spectacle précédent. La musique de Kassia s’est peu à peu imposée dans notre processus. Elle a nourri de nombreuses improvisations, presque malgré moi. Elle m’a obsédée. J’ai alors su que je voulais aller plus loin. Créer une pièce dans laquelle sa musique serait chantée en direct, incarnée. C’est ce que je fais aujourd’hui avec Kassia Undead.

    Qui était Kassia de Constantinople ?

    Kassia est une figure singulière et fascinante. Destinée à épouser un empereur, elle refuse ce destin et choisit la vie monastique. Ce choix lui permet de continuer à composer librement. Elle fonde un couvent, soutient des femmes et consacre sa vie à la composition musicale.

    Ce qui est exceptionnel, c’est qu’elle savait écrire la musique elle-même. À cette époque, il était fréquent que des hommes retranscrivent les chants des femmes et signent les œuvres de leur nom. Kassia, elle, maîtrise l’écriture. C’est grâce à cela que ses partitions nous sont parvenues, intactes, jusqu’en 2025. C’est à la fois rarissime et précieux.

    Sa musique est étonnante : très distendue, parfois décalée. Elle a une intensité vocale unique. Le spectacle permet de découvrir cette matière sonore, de plonger dans l’univers de la voix et de ses résonances.

    Comment travailles-tu le rapport entre corps et voix ?

    Nous nous sommes appuyés sur des iconographies du IXe siècle et l’imagerie médiévale en général. Ces sources visuelles nous ont inspiré des mouvements issus des danses collectives de l’époque : farandoles, danses sociales, danses macabres ou rituelles. Mais aussi des formes plus théâtrales, expressives, parfois grotesques. À partir de cette base corporelle, nous avons fait entrer la voix. Parfois en chant, en parole ou en prosodie. La voix devient un prolongement du geste, une extension organique du mouvement.

    Quel a été ton processus de création ?

    Je travaille beaucoup avec l’improvisation. Je propose des consignes précises. Une qualité de mouvement, un rythme, une image à recréer. Je filme, je monte, on visionne ensemble. Cela devient une matière à retravailler, à affiner. Le processus est progressif, collaboratif. Je cherche à inspirer, mais c’est aussi le groupe qui me nourrit et qui m’amène ailleurs.

    Pour la scénographie, j’ai collaboré avec les Ateliers Indigo, un collectif d’artistes en situation de handicap. Je leur ai présenté les iconographies médiévales comme point de départ. Ils ont créé des bannières et tentures, devenues l’univers visuel du spectacle.


    Prochaines dates :

    Les 9 et 11 octobre, Théâtre de Liège, Liège

    10 octobre, Biennale de Charleroi danse, Théâtre de Liège, Liège

    Du 4 au 7 novembre, Les Brigittines, Bruxelles

    12 décembre, December Dance, Stadsschouwburg, Bruges

    Les 20 et 21 mars, Les Écuries/Charleroi danse, Charleroi

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