Florence Corin
Été pourri, recherche sur la pluie dans le Brabant wallon
Entretien à l’occasion de la parution de l’ouvrage avec Ondine Cloez
Ma recherche a commencé début 2025 par une résidence de quatre mois, sans obligation de résultat dans le Brabant wallon. Après, j’ai continué de manière autonome, car ce n’était clairement pas fini. Puis j’ai eu cette bourse pour écrire une publication. Je me suis rendu compte en écrivant que la recherche allait continuer avec l’écriture sous une autre forme, avec d’autres questions.
Pourquoi le sujet de la pluie ?
En 2024, il a beaucoup plu. À un moment, lors de petites conversations avec des voisins, des connaissances, la pluie, le fait qu’il pleuve beaucoup, mettait les gens dans un état un peu nerveux, de colère, d’agacement. Comme j’habite en Belgique depuis vingt-huit ans maintenant, je sais qu’il pleut beaucoup. Mais tout d’un coup, j’ai vu ce que ça faisait aux gens. J’ai eu envie de partir dans une recherche avec les questions : qu’est-ce que la pluie nous fait ? Comment c’est lié aux affects, aux émotions ?
Dans ce processus d’écriture, qu’as-tu découvert ?
Pendant la recherche, je n’avais fait que des petites performances, des bribes. Là, comme c’était une publication qui allait rester, il y avait cette question : qu’est-ce que je garde ? Comme la pluie, c’est aussi un processus, pris dans le cycle de l’eau, et que l’écrit arrête les choses, il y avait la question de comment, avec l’écriture, laisser en suspens.
Plutôt que de choisir les meilleurs moments ou les informations les plus intéressantes, je me suis concentrée sur l’état dans lequel ça m’avait mise de travailler tous ces mois autour de la pluie. La recherche a ainsi continué, mais avec ce focus sur l’état.
On ressent dans l’ouvrage ce savoir incorporé, spécifique à toi en tant que danseuse et chorégraphe. Qu’apporte la danse à une recherche ?
Moi, je viens de la danse. Après, il y a toujours cette question posée : est-ce que ce que tu fais, c’est de la danse ? Pour moi, ce n’est pas vraiment une question, dans le sens où c’est mon histoire. J’ai l’impression que je pense par la danse, même si la danse n’apparaît pas forcément de manière flagrante dans les spectacles. C’est vraiment par là que je réfléchis. C’est une pratique de penser par le corps et par le corps en mouvement.
Là, c’était la marche, cela aurait pu être autre chose. Être attentive à ce qui se passe dans mon corps pendant que je réfléchis, pendant que je fais quelque chose, c’est très spécifique au champ de la danse. La pratique d’être témoin, son propre témoin. J’ai essayé de me dire vraiment honnêtement : en fait, ça m’a fait quoi cette recherche ?
Cet ouvrage transmet les traces de ta recherche, peut-il être vu comme un manuel chorégraphique ?
Au départ, je voulais raconter la méthodologie de travail, mais ce n’est pas une recherche universitaire, donc ce n’est pas si clair. J’imagine des gens qui le lisent et se disent : « Ah mais, en fait, on a le droit de faire ça aussi ! » S’autoriser à aller dans des zones plus floues ou plus indéfinies.
Le terme de recherche fait peur parfois. Du coup, j’ai l’impression que ce que j’ai fait, c’est révéler, faire apparaître quelques bribes de ce que pourrait être une recherche : observer, être attentive, faire appel à d’autres gens, en discuter. Et tout cela peut tranquilliser quelqu’un qui aborde une recherche.
Maintenant, j’aime bien l’idée d’avoir un objet à partager. Je trouve que c’est un bon moyen de continuer à échanger.
