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    Baptiste Andrien

    Denise Luccioni, des cellules à la Voie lactée

    Figures Tous les articles Septembre 25, 2026

    Quand naît-on à la danse ? Denise Luccioni situe l’événement en 1976, sur le massif de la Sainte-Baume, lors des Fêtes musicales, ouvertes à la danse new-yorkaise. Avec la pièce de Trisha Brown Primary Accumulation, elle fait l’expérience de « la sensation de hors temps et de hors gravité. Dans mon corps, leurs mouvements ricochent. L’aller-retour de mes cellules à la Voie lactée, un avant-goût de l’ubiquité[1] ». Pour Denise, ce sera la danse, « cet art très haut dans l’échelle des filtres disponibles pour appréhender, vivre et penser le monde[2] ».

    À Contredanse, nous avons d’abord connu Denise traductrice, collaborant aux éditions. Puis membre engagée du conseil d’administration. Et amie. Le 30 mai 2026, Denise s’en est allée pour d’autres dimensions. Il nous tient de parler d’elle – on l’imagine encore surgir, coiffée de son chapeau, regard à l’affût, sourire espiègle. Et de ses danses. Celles qu’elle a aimées, soutenues et dansées.

    Après les Fêtes musicales, Denise rêve de New York. Elle rejoint d’abord Artservice International, « secrétariat d’artistes » créé par Bénédicte Pesle, à l’origine de l’introduction de l’avant-garde états-unienne en France. Elle rencontre ou retrouve Merce Cunningham, Trisha Brown, Steve Paxton, Yvonne Rainer… Elle se forme au métier de spectatrice et découvre, « au-delà de ce qui est donné à voir dans le “spectacle”, l’expression par métaphore d’autres dimensions, y compris politique, et la source de mon engagement dans l’accompagnement plutôt que dans la pratique[3] ». Elle devient assistante, chargée de production et de diffusion, puis programmatrice à l’American Center de Paris, à la Fondation Cartier, au Théâtre de la Bastille, participe à la création de la Cinémathèque de la danse, traduit et sous-titre en direct des spectacles, dont ceux de Robyn Orlin et de Robert Ashley. Elle traduit des articles et des livres : Sally Banes (aux Éditions Chiron), Steve Paxton, Anna Halprin, Lisa Nelson (aux Éditions Contredanse)… Lire et entendre la langue des autres, et la reformuler, à travers la sienne.

    Empêchée de rejoindre des célébrations autour de Bob Wilson et  de Grand Magasin, Denise s’invente une nouvelle forme de présence : le film vidéo. Sa voix off accompagne archives et autres séquences de son invention. Elle présente le travail des artistes, en propose des clés de lecture, tel un mode d’emploi poétique. Un projet de capsules vidéo prend forme : cartographier les univers qui l’ont marquée,faire œuvre de ses impressions. Trisha Brown, Steve Paxton, Richard Foreman, Philippe Quesne… et Bénédicte Pesle. Du site web à l’installation, les titres changent – Dansez neurones, souriez cellules ou Denise Luccioni : 50 ans de scène en vidéos – et chaque capsule est retravaillée au fil de ses nouveaux éclairages.

    Denise excelle dans la concision. Après avoir écouté la longue histoire d’un tireur à l’arc zen trébuchant dans un escalier, elle reformule : « Perdre l’équilibre, toucher la cible. »

    Merci, Denise

    (Clin d’œil à notre partie de ping-pong de mercis, toujours en cours)

    (Merci également à sa fille Cléo Tabakian)


    [1] Extrait du document de travail de D. Luccioni, « Parce que la Sainte Baume », 2021.

    [2] Avant-propos, D. Luccioni, in Terpsichore en baskets – Post-modern dance, Sally Banes, trad. Denise Luccioni, Éditions Chiron, 2002.

    [3] Ibid., document de travail.

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