Isabelle Meurrens
Tisser un réseau pour la danse en Wallonie – Rencontre avec Fabienne Aucant
La saison 2025-2026 démarre avec la mise en place du Réseau Danse wallon. Porté par Charleroi danse et Central La Louvière, ce réseau réunit onze centres scéniques et culturels pour structurer la diffusion de la danse sur l’ensemble du territoire.
Un public en augmentation, un nombre de compagnies croissant, les signaux semblent bons du côté de la danse en Fédération Wallonie-Bruxelles (FW-B). Côté diffusion, le point fort de la danse belge reste sa forte présence à l’international, notamment en France. Point fort, mais aussi talon d’Achille. Dans un contexte où les financements culturels ne cessent de baisser un peu partout en Europe, le risque est réel de voir chaque pays se recentrer sur la diffusion de ses productions nationales.
Dans un écosystème où les cycles d’exploitation sont courts et les moyens limités, cette faiblesse structurelle de la diffusion accentue la précarisation de l’ensemble du secteur. Pour Fabienne Aucant, directrice de Charleroi danse, le constat est sans détour : la diffusion chorégraphique en Wallonie reste insuffisante. « Si l’on observe certains progrès, l’écart avec Bruxelles continue pourtant de se creuser. Ce déséquilibre ne doit pas être accepté comme une fatalité, il faut sortir d’une forme de résignation. » Depuis son arrivée, l’équipe de Charleroi danse a mené un important travail de terrain auprès des centres culturels wallons pour identifier les besoins, comprendre les freins et proposer des réponses adaptées.
C’est ainsi qu’est né le Réseau Danse Wallon, fruit de deux initiatives croisées : celle de Charleroi danse, donc, et celle de Vincent Thirion à Central La Louvière, qui fédérait déjà plusieurs centres culturels autour de la danse.
Ce nouveau réseau se donne un double objectif : faire circuler les œuvres chorégraphiques à travers la Wallonie, et soutenir la production de grandes formes.
Chaque saison, le réseau fera circuler dix spectacles d’artistes de la FW-B dans les centres culturels partenaires. « Les projets retenus pour 2025-2026 ne sont pas uniquement des propositions “spectaculaires”. Il s’agit aussi de formes participatives, de projets pensés pour la médiation, avec des esthétiques variées, allant du solo à des groupes de cinq ou six interprètes, et des genres allant du hip-hop à la danse jeune public. »
En parallèle, six centres scéniques s’engagent à coproduire, tous les deux ans, une création « grand plateau » impliquant au minimum sept interprètes. Le premier projet retenu, Irreversible Revolution de la chorégraphe Ayelen Parolin, est conçu pour douze danseurs. Une prise de position forte dans un contexte où le nombre moyen d’interprètes par création baisse d’année en année. « Le spectacle abouti – et les grandes formes en particulier – reste la porte d’entrée principale pour les publics. C’est cette présence sur scène qui doit être défendue et rendue possible », affirme Fabienne Aucant.
Formation des programmateurs et programmatrices, autonomisation du réseau, élargissement, les défis restent nombreux. « Le réseau rassemble aujourd’hui des partenaires déjà sensibles à la danse. L’un des objectifs à court terme est donc d’élargir ce cercle, d’impliquer d’autres opérateurs, y compris ceux qui n’ont pas encore intégré la danse dans leur programmation. »
Soutenu pour l’heure sur fonds propres, le Réseau Danse Wallon appelle désormais un soutien institutionnel durable, pour que cet élan ne soit pas qu’un sursaut, mais le début d’une transformation de fond.
