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    Florent Delval

    Kuroko – Entretien avec Ikue Nakagawa

    En création Tous les articles Mars 20, 2024
    © Salomé Genès

    Kuroko est le troisième solo de la chorégraphe et artiste visuelle Ikue Nakagawa. Même si elle est seule sur scène, ses créations impliquent toujours un travail collectif où chacun et chacune apportent leur propre expertise. Sa danse est intimiste et s’inspire de sa pratique du dessin qu’elle utilise comme un carnet intime rempli de métaphores.

    Est-ce qu’il y a une continuité entre vos deux derniers solos ?

    Dans Tamanegi, je mettais en 3D ce que je visualisais au travers de mes dessins, et je représentais ma famille au travers de marionnettes. Cette fois-ci, le spectacle se déroule principalement en 2D. Le lien avec le dessin est plus direct aussi. Maintenant, je me permets de jouer davantage avec les échelles. Je joue beaucoup avec les ombres. Je voulais aller à l’encontre du côté un peu trop parfait des effigies de Tamanegi et me montrer telle que je suis, avec mes défauts.

    Comment traduire le mot « kuroko » ?

    Dans le théâtre kabuki, les kuroko sont les personnes qui font office de machinistes ou de marionnettistes. Vêtues de noir et présentes sur la scène, elles sont considérées comme invisibles par convention. Je n’ai pas un lien spécial avec le kabuki ; je n’ai vu qu’un spectacle avec mes parents. Ce qui m’a intéressée avant tout, c’est qu’en japonais, on se sert de ce mot au quotidien pour dire : je suis là pour quelqu’un, sans me mettre en avant.


    « Kuroko » est le nom que je donne aux petits personnages noirs dans mes dessins. Ils représentent les paroles qu’on reçoit et qui nous soutiennent, qui nous suivent, même quand on prend un mauvais chemin. Ce sont des pom-poms girls qui nous encouragent quand on est fatigué, mais qui restent exclusivement à l’intérieur de nous.

    Comment avez-vous travaillé au quotidien ?

    Au début, je dessine toute seule, dans des moments de recherche. Puis j’ai invité des collaborateurs et des collaboratrices en leur demandant comment transposer leurs dessins sur scène. Par exemple, mon personnage traverse souvent des panneaux et on a fait l’expérience de ce que ça produisait réellement avec mon corps. Parfois, les résultats sont similaires aux dessins et parfois pas du tout.


    Dans cette période d’écriture pour le plateau, j’essaie de me mettre sur un pied d’égalité avec le reste de l’équipe. Après le dessin vient la création d’objets qui me permet ensuite de travailler le mouvement. C’est en touchant quelque chose que je trouve mon corps.


    Cette fois-ci, je voulais encore approfondir la relation entre dessin et danse, ce qui m’a amenée à créer des dessins plus abstraits, qui peuvent être considérés comme des partitions, que je partage aussi avec les personnes qui m’accompagnent dans ce projet. Il y a trois catégories de dessins : mon personnage entouré des kuroko, des idées scéniques et des partitions abstraites.


    Enfin, la particularité lors du processus de création est que j’ai fait appel à trois artistes lors de trois phases de recherche distinctes : Lorenzo De Angelis, Taka Shamoto, Salomé Genès m’ont aidée à voir d’autres possibilités.

    Prochaines dates :

    Les 9 et 10 avril 2025, Les Écuries/Charleroi danse, Charleroi

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