Anne Golaz
Holobiontes – Entretien avec Florencia Demestri et Samuel Lefeuvre
La compagnie Demestri + Lefeuvre poursuit sa recherche autour d’une pratique chorégraphique non anthropocentrée en s’intéressant aux relations interespèces et aux multiples formes de vie qui nous habitent. Dans Holobiontes, sept interprètes évoluent sur scène pour créer un expérience sensible et questionner nos manières de percevoir et d’imaginer le vivant.
Quel est le point de départ de la création ?
Florencia Demestri (FD) : Dans notre pièce précédente, on était partis sur l’idée de travailler la chorégraphie sans que le corps humain ne soit la référence. On évoluait à l’intérieur d’un costume qui nous recouvrait entièrement et on laissait le regard des spectateurs et spectatrices naviguer dans ces formes abstraites, qui suggéraient des choses à la fois humaines et non humaines. En sortant des costumes, le pari était de voir comment le regard se posait alors sur le corps humain. Est-il possible d’y voir autre chose ?
Samuel Lefeuvre (SL) : On a senti que ça nous déplaçait chorégraphiquement parlant, qu’on avait touché quelque chose de l’ordre d’une pratique non anthropocentrée. On s’est demandé comment on pourrait continuer à développer ça sans les costumes et avec plus d’interprètes.
Que signifie la notion d’holobionte ?
FD : On a beaucoup lu sur les relations inter-espèces et on a découvert le terme d’holobionte, qui vient de la biologie, et qui décrit le fait que toute forme de vie pluricellulaire est viable seulement grâce aux collaborations qu’elle entretient avec les autres formes de vie qu’elle héberge.
SL : On est toutes et tous des holobiontes.
FD : On se définit comme « je », mais on est déjà multiple, on héberge des milliers de bactéries, de champignons qui rendent la vie possible. « Je », c’est déjà « nous ». Pour nous, c’est donc une notion politique. Ça nous amène à la question de savoir où l’on pose les séparations. Où est-ce que l’on se définit comme individu et où l’on se reconnaît comme collectif ? Comment et pourquoi on se sépare des choses alors que l’on est complètement imbriqué avec les autres formes de vie ? Il y a l’envie de décentrer l’humain pour le replacer dans un tissage bien plus complexe.
Quelle est votre intention avec cette nouvelle création ?
SL : Ce qu’on aime essayer de produire avec nos pièces, c’est des expériences sensibles pour les spectateurs et les spectatrices à partir de concepts. Ici, le concept est issu de la biologie et on va aller travailler sur la sensation de se sentir multiple. On joue aussi avec l’idée de déconstruire le gradin, de l’amener en partie sur scène avec des praticables. C’est une manière de matérialiser les différents points de vue possibles sur le spectacle, sur le vivant ou sur la vie. On laisse aux gens l’occasion de choisir leur place et leur expérience.
Quel est votre processus de création ?
SL : On a d’abord beaucoup développé de matériel à deux, des matières physiques, des états de corps qui font partie de notre travail depuis longtemps. On a essayé de les affiner pour pouvoir les transmettre à d’autres personnes.
FD : Ça ne veut pas dire que ce sont des choses figées, mais plutôt des outils de recherche, des protocoles que les interprètes vont s’approprier.
SL : Les interprètes ont aussi développé leur propre matériel en lien avec leur curiosité et leur relation au thème.
FD : Et il y a aussi tous les autres collaborateurs et toutes les autres collaboratrices qui vont construire l’espace, créer la lumière, la musique, nous aider à produire du texte et nous mettre en dialogue.
SL : On est arrivés à créer une sorte d’écosystème où tout le monde doit collaborer pour que ça marche.
Prochaines dates :
Les 8 et 9 octobre, Les Écuries/Charleroi danse, Charleroi
Le 15 octobre, Théâtre Le Vilar, Louvain-la-Neuve
Du 27 au 30 janvier, Théâtre Varia, Bruxelles
