Anne Golaz
Chroniques – Entretien avec Gabriela Carrizo
La nouvelle création de la compagnie Peeping Tom, mise en scène par Gabriella Carrizo, explore la notion du temps. Entre passé, futur et présent, cinq personnages voyagent à travers les époques, se heurtent, se transforment et résistent.
Quel est le point de départ de la création, ce qui t’a donné envie de développer ce projet ?
Tout d’abord, je voulais travailler sur la perception du temps. Avec la compagnie Peeping Tom, c’est quelque chose qu’on a toujours exploré. Comment les choses sont vécues ? Comment le temps s’amplifie ? Comment les choses restent ? Cette fois-ci, j’avais envie de traiter cette question à une échelle plus large en mixant des temporalités et des époques différentes. La pièce ne se passe plus dans un endroit défini, comme c’est le cas dans nos autres créations, ce qui permet tous ces voyages temporels. Il y a quelque chose de beaucoup plus universel.
L’espace est très pictural, il y a beaucoup de peintures, de textures, de minéraux. Les cinq performeurs ont une physicalité incroyable et je voulais vraiment explorer ce côté physique et visuel avec eux. Il y a un peu de langage aussi, mais qui n’est pas compréhensible, comme une langue inventée.
Pourquoi as-tu choisi ce titre ?
Je l’ai appelé Chroniques, parce qu’il y a une narration qui tient tout le long de la pièce, mais dans un temps fragmenté. Pour moi, ça représente quelque chose qui est en train de se passer à un moment précis. Ça montre des événements, des choses très simples que vivent les gens. On repart parfois d’une chronique qui s’était arrêtée, mais on a toujours l’impression que ça continue, tout est imbriqué dans une espèce de circularité. Un élément de costume qui sert à l’un va se transformer, être recyclé pour raconter autre chose, dans d’autres temps, dans d’autres circonstances.
La mort rôde tout le temps. La violence, le pouvoir, les conflits jaillissent de différentes manières à travers les chroniques. Les corps se heurtent, continuent. On dirait qu’ils ne meurent jamais. Les cinq performeurs voyagent dans le temps et résistent aux différentes batailles. Le monde aujourd’hui est assez sombre. Les guerres, les conflits se sont introduits dans la création. C’est une pièce où le politique rentre d’une autre façon par la poétique, avec humour et beaucoup de distance. C’est une manière pour moi de résister à cette violence et à toute cette inhumanité.
Quel est ton processus de création ?
On lance des idées, des propositions, des questions auxquelles les interprètes répondent. On fait beaucoup d’improvisations, tant physiques que théâtrales, avec de la parole, des textes ou de la peinture. Il y a un côté très artisanal dans le studio. On peut passer toute une après-midi à chercher avec un rocher et de la peinture pour voir comment on peut créer telle illusion, tel effet. Ou encore comment le corps peut explorer des phénomènes comme la gravité ou la distorsion du temps.
Il y a des choses qui restent plus ouvertes et d’autres qui se fixent très fort avec le son. Avec Raphaëlle Latini, avec qui j’ai cocréé cette pièce, on travaille aussi sur des atmosphères sonores ou des sons amplifiés. C’est ce qui donne le côté cinématographique qu’on associe souvent à Peeping Tom.
Prochaines dates en Belgique :
Du 9 au 18 décembre, KVS, Bruxelles
Du 21 au 24 mai dans le cadre du Kunstenfestivaldesarts, La Raffinerie / Charleroi danse, Bruxelles
