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    Anne Golaz

    À nos chères – Entretien avec Leslie Mannès

    En création Tous les articles Septembre 28, 2026
    A nos chères © Laetitia Bica

    Première pièce jeune public de la chorégraphe Leslie Mannès, À nos chères explore avec intensité toute la complexité de l’adolescence. Âge de métamorphose, les émotions se bousculent et les corps se transforment. Discrimination de genre, jugement, perte de sens sont autant de défis auxquels la jeunesse est confrontée.

    Quel a été le point de départ de la création ?

    Dans mon travail, il y a souvent une dynamique participative et intergénérationnelle. En donnant des ateliers à des élèves qui avaient autour de 13 ans, j’avais été saisie de voir que la question du corps sous le prisme de l’égalité du genre était encore compliquée à cet âge-là, que ce soit dans l’expression des corps des jeunes filles, dans la manière dont l’espace se partage, dont la parole est répartie. J’avais projeté une évolution plus rapide à ces endroits-là. Cela m’a donné envie de creuser. Je donne beaucoup d’ateliers, mais, comme je n’avais encore jamais créé de pièces pour les 12-15 ans, j’ai d’abord voulu mener une recherche préalable, comme une sorte d’enquête sur cette période de passage, à la fois structurante et chaotique qu’est l’adolescence.

    Peux-tu m’en dire plus sur cette recherche ?

    En tant qu’artiste du Grand Studio dans le réseau européen Grand Luxe, j’ai eu la chance d’être accueillie en résidence dans plusieurs structures en Europe. Dans ces villes, ainsi qu’à Bruxelles avec l’aide du Théâtre Varia, nous avons mené, avec Solène Moulin – compositrice du spectacle – et Laura Bossicart, de nombreux entretiens avec des jeunes et avec des professionnels de l’accompagnement de la jeunesse : des professeurs et professeures, des médiateurs et médiatrices culturelles, des animateurs et animatrices, des psychologues, des infirmières…

    Pendant ces résidences, nous avons alterné entre ce travail de rencontre avec les entretiens et des premières esquisses chorégraphiques et musicales en studio pour commencer à faire infuser dans le corps les enjeux, les thématiques, les lignes de force qui nous étaient partagés sur le terrain.

    Est-ce qu’il y a une ou plusieurs thématiques qui reviennent dans les entretiens ?

    La question de la santé mentale, des émotions, des violences intimes et collectives sont des thématiques récurrentes. C’est intrinsèquement lié au contexte actuel, à la question de la perte de sens, à une dislocation du lien social, au fait de grandir dans un monde où les perspectives sont très troubles. Une problématique qui a souvent été nommée par les jeunes est celle du jugement, comme s’il n’y avait pas vraiment d’espace pour expérimenter, que chaque comportement serait en permanence observé, disséqué, analysé, soumis aux jugements des autres, pouvant ainsi générer un contexte assez anxiogène.

    On nous a aussi raconté une grande polarisation des opinions. Avec des endroits où une parole se libère, où des engagements politiques sont pensés, notamment sur l’égalité des genres, les discriminations et, en parallèle, on trouve aussi un repli sur soi, une misogynie croissante, une augmentation de l’homophobie et du racisme. D’un côté, ça avance, d’un autre, ça recule et tout cela en même temps, ce qui crée une tension qui peut être assez marquée.

    Comment travailles-tu cette matière en studio ?

    La question de la jeunesse est actuellement très dense et complexe. On a très envie que le spectacle soit solaire à un endroit, mais il sera aussi chargé de tout ce qui nous a été partagé.

    On rêve à une pièce sensorielle, percutante et percussive qui ne laisserait pas de place à des représentations et stéréotypes univoques et œuvrerait à la pluralité des voix, des corps et des pensées. La pièce sera sûrement dans un engagement physique et émotionnel haut pour manifester ce bouillonnement, cette intensité des émotions, parfois tellement fortes durant cette période de vie.

    Nous allons travailler avec trois jeunes interprètes : Siham Ennajjary, Justine Richard et Lilia Mellé, qui ont chacune des personnalités et des registres assez différents, ce qui, j’espère, ouvrira différentes opportunités d’identification pour les jeunes.

    Le masque est aussi quelque chose qui traverse mon travail et qu’on va continuer à explorer. Par le masque, on peut venir libérer des choses qui font écho à ce passage de l’adolescence où l’on essaie de construire son identité, où l’on est soumis·e à de nombreuses injonctions, mais où l’on a envie d’oser, sans toujours savoir quoi oser ni comment.

    Prochaines dates :

    Du 21 au 29 janvier 2027, Théâtre Varia, Bruxelles

    Du 19 au 20 février 2027, Charleroi Danse, Charleroi

    Du 14 au 15 avril 2027, festival Guerrières, Mars – Mons arts de la scène, Mons

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