Bookshop
  • Français
  • English
  • Recevez le magazine chez vous !

    S'abonner
    Liens utiles

    Claudine Colozzi

    Insertion professionnelle : comment franchir le pas

    Regards croisés Tous les articles Septembre 29, 2025
    Junior Ballet Project © Pierre DLK Photography

    Dans un secteur artistique compétitif et précaire, l’entrée dans le monde du travail représente une étape importante pour les danseurs. Les écoles s’efforcent de les accompagner au mieux pour jouer un rôle de tremplin professionnel.

    Workshops, performances, ateliers… En juin 2025, plus de deux cents étudiants et étudiantes issues d’écoles d’art du monde entier ont investi Camping, un événement initié par le Centre national de la Danse (CN D), une institution française, durant dix jours à Lyon. Depuis son lancement en 2015, ce lieu d’expérimentations artistiques est considéré comme un passage obligé pour de nombreux jeunes professionnels qui se lancent sur le marché du travail. Ainsi, cette année, Wallonie-Bruxelles Théâtre Danse (WBTD) a offert une bourse pour y participer à quatre jeunes artistes. De ce genre d’opportunités découlent souvent des propositions de travail.

    En Belgique, il n’existe pas d’organisme équivalent au CN D qui centralise les ressources professionnelles pour les jeunes danseurs. Les différents dispositifs sont gérés au niveau régional par des structures qui proposent un accompagnement et des subventions. Mapping The Dance Field, initiative portée par le Réseau des arts chorégraphiques (RAC) et Contredanse, dresse une cartographie du secteur et vise ainsi à le rendre plus lisible et accessible, en particulier pour les jeunes professionnels. Grâce au Welcome Pack (guide des ressources, contacts institutionnels, démarches administratives) et Dance Map (carte interactive du secteur), les artistes ont connaissance des principales structures, formations, lieux de création, compagnies et soutiens. Objectif : briser leur isolement et soutenir leurs démarches en leur offrant une vision claire des outils, des dispositifs et des personnes-ressources disponibles autour d’eux.


    Il appartient également aux écoles d’évoquer avec leurs futurs diplômés cette question capitale de l’insertion professionnelle. « Une concurrence de plus en plus rude, un secteur en tension… Quand nous avons créé notre école, il nous est apparu essentiel de préparer nos élèves à un milieu professionnel de plus en plus ardu, explique Sidonie Fossé, directrice du Junior Ballet Project, une structure lancée en septembre 2024 par des anciens de la compagnie Opinion Public. Nous travaillons leur autonomie, leur adaptabilité et leur polyvalence. »


    En effet, la plupart des écoles ont compris que l’objectif ne pouvait être uniquement de dispenser des apprentissages techniques et artistiques. Proposer des événements de réseautage professionnel et de l’accompagnement, c’est aussi l’un des objectifs du Bachelier interprétation, lancé en septembre 2024 et coorganisé par Charleroi danse, ARTS², la Haute École Condorcet, qui forme des artistes polyvalents. La professionnalisation démarre donc en principe dès le parcours de formation. D’abord parce que les écoles supérieures constituent des lieux de rencontre entre les jeunes et les intervenants, très souvent des chorégraphes en activité susceptibles de les engager dans leurs futurs projets. Elles offrent ainsi les conditions optimales pour se constituer un réseau, un élément fondamental dans ce métier. «  La majeure partie de l’insertion professionnelle se fait par le relationnel, par des rencontres dans des workshops, des ateliers, reconnaît Charlotte Vandevyver, directrice adjointe de P.A.R.T.S. (Performing Arts Research and Training Studios), dont les élèves bénéficient du lien privilégié avec la compagnie Rosas d’Anne Teresa De Keersmaeker. Nos étudiants présentent régulièrement leurs créations face à différents publics (scènes, musées, espaces urbains) et chaque promotion conclut le cycle par la création d’une pièce avec un chorégraphe invité. » Cette année, Mette Ingvartsen.

    Par ailleurs, les années de formation permettent de découvrir sa personnalité artistique, d’approcher différentes manières d’expérimenter son futur métier. Travailler le savoir-être des jeunes danseurs et danseuses est aussi une priorité. « Au-delà de la maîtrise de la technique, notre enseignement vise l’autonomie. Développer la pugnacité, le respect, mais aussi le sens du collectif, le goût du travail et de la rigueur », complète Sidonie Fossé.


    Anticiper le passage entre l’école et le monde professionnel apparaît enfin comme une étape incontournable. Après une carrière au Brésil, Lucas Resende, 33 ans, a suivi le cursus de l’École supérieure de danse contemporaine d’Angers en France. À la fin de son cursus en 2024, il a monté sa compagnie Blue Lava avec Alina Tskhovrebova, une autre diplômée. « Quand on sort du cadre privilégié d’une formation intense, on est confronté à l’envie de développer ses propres projets tout en ayant l’obligation de cumuler des jobs “alimentaires” pour payer son loyer. »


    Les jeunes danseurs et danseuses demeurent un peu perdus quand la réalité vient se juxtaposer à ce qu’ils et elles ont découvert durant leurs études. « Cela peut sembler abstrait tant qu’ils ne sont pas confrontés à certaines situations comme lire un contrat de travail ou produire leur propre spectacle », constate Alice Rodelet, directrice du département Transmission et Métiers au CN D.


    Malgré tout plus flexibles, plus ouverts à toutes sortes d’opportunités, les jeunes danseurs et danseuses font feu de tout bois et relèvent toutes sortes de projets dès la sortie d’école. Les parcours sont pluriels. « Dans le cursus, ils doivent se montrer créatifs y compris dans les projets professionnels. Par exemple, certains ont imaginé un festival dans sa globalité, explique Charlotte Vandevyver. Cela leur permet d’endosser plusieurs rôles, pas uniquement celui d’interprètes. » De nombreuses structures accompagnent leurs alumni après leur cursus en leur ouvrant des studios pour répéter ou en leur proposant des résidences.


    Jonglant entre leurs projets personnels, leurs rêves et la rudesse du monde professionnel, certains parviennent ainsi à tracer leur propre chemin. Emelyne Groux, 23 ans, a passé un an au Junior Ballet Project après avoir étudié dans différentes écoles en Belgique, mais aussi au Danemark. En septembre 2025, elle dansera dans une compagnie portugaise, le Kayzer Ballet. « Je suis plus que reconnaissante pour cette saison passée dans cette école. Cela m’a aidée à prendre davantage confiance en moi. J’ai trouvé un peu plus ce que je voulais devenir et qui je voulais être. »

    0

    Le Panier est vide