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    Isabelle Meurrens

    Un nouveau décret pour les arts de la scène

    Paysage Tous les articles Décembre 1, 2016
    Budget des arts de la scène en 2015 : 90.771.617 €

    Gouvernance, artistes et publics : un décret en trois axes

    Entretien avec la ministre de la Culture Alda Greoli

    Tout fraîchement débarqué, le nouveau décret redéfinit le cadre des subventions pour les arts de la scène. Entretien avec la ministre de la culture Alda Greoli pour en comprendre les fondements, suivi d’une lecture attentive pour identifier ses lignes de force autant que son talon d’Achille.

    Un nouveau décret des arts de la scène vient de voir le jour, dans la suite de l’opération « Bouger les lignes ». Pouvez-vous en donner les grands axes ?

    C’est la première fois qu’on reprend l’ensemble des arts de la scène dans un seul décret en incluant des domaines qui n’étaient pas reconnus jusque-là, comme le conte, et en y intégrant également le spectacle jeune public. Cette vision transversale de l’ensemble des arts de la scène correspond mieux à la réalité de la création artistique d’aujourd’hui. La seconde volonté du décret était de mettre le soutien à l’artiste au centre. Il ne s’agit pas d’opposer artistes et techniciens, ou de renvoyer dos à dos artiste et institution ; il s’agit plutôt pour les institutions de replacer l’apport de l’artiste au centre de leurs projets. Cela passe par valoriser la qualité de l’emploi artistique et la visibilité des artistes. Et enfin il y a une volonté d’améliorer la gouvernance à travers ce décret. L’objectivation de la façon dont un politique, une administration, une commission d’avis traite les dossiers est essentielle. Mettre tout le monde à la même date permet de clarifier les méthodologies dans l’analyse des dossiers et par conséquent d’améliorer la gouvernance.

    Pensez-vous qu’il faudra refinancer certains secteurs pour rencontrer les objectifs du décret ?

    Il n’y a pas de lien direct entre refinancement et décret. Il y a une réflexion à travers le décret et les arrêtés pour qu’à enveloppe constante les choses soient les plus efficaces possibles. Je ne ferme pas la porte ; si j’obtiens des moyens supplémentaires, à voir comment je vais les octroyer pour répondre aux différents enjeux de la culture. Même si le décret n’est pas lié au refinancement, je suis consciente qu’en 2018, au moment où vont commencer les nouveaux contrats-programmes, on va faire les choses raisonnablement mais en ne mettant pas à mal le secteur au travers du nouveau décret, puisqu’au contraire le nouveau décret est là pour conforter et renforcer le secteur. Je ne pars pas du principe que les enveloppes doivent rester ce qu’elles sont. L’intérêt de ce décret est de permettre un fonctionnement plus transversal. Par ailleurs, on espère que les synergies et les mutualisations volontaires sur le terrain vont permettre, non pas de faire des économies, mais de dégager des moyens utiles pour les activités artistiques.

    Ce nouveau-décret va redessiner la carte du paysage des arts de la scène ; quelle en serait la carte idéale ?

    Mon rêve, mon ambition ou ma volonté c’est que chaque citoyen se sente digne d’avoir un rapport réel à la culture. La culture est avant tout une rencontre émotionnelle entre un créateur et un public ; elle nous met en rapport avec nous-mêmes, avec les autres et avec l’environnement. La culture est l’affaire de tous. Mon autre souhait est que la parole des artistes soit plus structurée que ce qu’elle n’est aujourd’hui. Je suis attachée au dialogue social et fédératif qui a beaucoup apporté à ce pays en termes de démocratie sociale et politique. Or, dans la culture, cela est probablement dû au type de métier, on est davantage dans un rapport individuel que dans un rapport construit et collectif.
    Nous avons des organes de représentation qui sont principalement partis d’une vision institutionnelle et non de la base et qui sont peu fédérés. Je ne veux pas d’acteurs qui se sentent obligés de faire des déclarations d’obédience pour pouvoir être soutenus, et pour cela il faut sortir d’un rapport interindividuel du créateur ou de l’institution au politique. Il faut permettre d’articuler le rapport de force, de garantir l’autonomie et de construire ensemble quelque chose. Pour cela, il faut une vision collective représentée dans un discours collectif. •

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