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    Lou Jonas

    Tap-on-Top — Entretien avec trois des cinq co-organisatrices du Top Floor Festival; Julia Farber, Victoria Kennett et Dunya Narli

    Rencontre Tous les articles June 26, 2026

    Top Floor Festival est un festival itinérant qui a lieu chaque été à Bruxelles. Espace alternatif dédié à la danse, à la performance et à la communauté, TFF a développé d’impressionnantes capacités d’adaptation face à des conditions instables : occupation temporaire, économie circulaire, aides publiques différées, etc. Il est aujourd’hui soutenu par une coproduction de Thor et a tout récemment reçu une réponse positive de la FWB. À l’occasion de sa 6e édition, trois des membres de son comité artistique ont pris part à un jeu de questions/réponses autour de 4 cartes thématiques : identité, programmation, pratiques et ouvertures.

    IDENTITE – TFF repose sur une économie créative faite de partage entre pairs, de cours accessibles à tou.te.s et de tarifs libres avec suggestions. Cet artist-run event offre au public un sol commun pour la transmission du mouvement.

    J                C’est pour le public que nous avons créé le TFF. Tout a commencé pendant le confinement dû à la pandémie de Covid-19. Il y avait un besoin de se reconnecter les un.e.s aux autres. Il y avait aussi cette urgence de disposer d’un espace où nous pourrions partager nos pratiques, apprendre, réfléchir et agir. Cela touche à cette intuition, liée à la composition instantanée et à l’improvisation, qui nécessite de comprendre au moment où l’on agit et transmettre cela autour de nous. Cela me fait penser à une citation d’une chorégraphe, Vera Montero, qui dit : « La danse n’est pas quelque chose qui vient des danseurs. C’est un phénomène qui arrive aux gens. » C’est aussi pour cette raison que nous intégrons de plus en plus de danses sociales et populaires dans notre programme. Par exemple, il y aura un Queer Salsa Club, la dabke et le  « choque ».

    D              Dans les éditions précédentes, nous avons pris le soin d’organiser plusieurs concerts et soirées qui mettaient en avant une manière plus « populaire » de danser, de se laisser aller. Et la JAM en fait partie. Nous invitons souvent des musicien.ne.s à se produire en direct, ce qui témoigne également d’une ouverture à la musique : le.a musicien.ne est en relation avec les danseur.euse.s, et inversement.

    V              Pour ce qui est de l’aspect social, il y a une volonté de créer un lien avec le public. C’est un peu difficile à mettre en œuvre quand on ne dispose ni d’un lieu ni de financement annuel. Comment aller à la rencontre du public, comment faire preuve d’une véritable ouverture, et comment s’assurer que cette ouverture ne se limite pas à la seule communauté de la danse ? C’est une question à laquelle nous réfléchissons, que nous analysons et dont nous discutons. Dans les prochaines éditions du TFF, nous espérons pouvoir nous engager dans d’autres actions et événements, avec des projets de médiation socio-culturelle plus solides, quelle que soit leur nature.

    PROGRAMMATION – Le comité artistique de TFF réunit quatre danseuses – Julia Farber Data, Victoria Kennett, Elise Ludinard et Dunya Narli – et la productrice de spectacles Lauréline Bombaert ; cinq parcours et regards qui contribuent à une programmation collective.

    D              Nous avons procédé de manière très instinctive et intuitive au début. La question était de savoir qui était présent.e et à qui nous voulions offrir une plateforme pour leur permettre de montrer leur travail ou de partager leur pratique. Mais plus les années passent, plus nous essayons de mettre en place des systèmes de programmation, car les propositions sont nombreuses. Nous n’avons d’ailleurs encore jamais lancé d’appel à candidatures car nous sommes chaque année submergées de propositions. Et nous prenons en considération toutes les personnes qui nous écrivent !

    J                J’ajouterais que le processus de curation n’est pas encore tout à fait au point et que nous continuons à apprendre par la pratique. La diversité est l’un de nos principes fondamentaux. À cela s’ajoute le fait que les enseignant.e.s peuvent travailler sur des techniques ou un langage très spécifiques, mais que la plupart d’entre elles et eux s’ouvrent à des éléments qui peuvent servir d’outils d’improvisation. Je pense que notre principale caractéristique est l’ouverture, car nous nous ouvrons chaque année à de nouvelles pratiques. Nous nous situons également dans une démarche où, en tant qu’artistes, nous nous interrogeons sur la manière dont la curation est un rôle de pouvoir, pouvoir que nous ne souhaitons pas exercer. Nous cherchons plutôt à créer un espace de facilitation, un lieu de visibilité, d’expérimentation, mais aussi d’échec. Il nous arrive de présenter des œuvres non « achevées ». Je dis « achevées » entre guillemets, car je pense que le processus de création est infini. C’est également une valeur à laquelle nous accordons de l’importance.

    PRATIQUES – Le public est invité à découvrir un large éventail de pratiques dansées qui sont autant d’ouvertures à l’improvisation. A travers ces multiples explorations, le corps sensible entre en relation avec le monde et avec l’autre.

    J                L’improvisation, c’est tout un univers de pratiques. On enseigne des outils pour faire naître des choses, pour que les choses se produisent, et je pense que le monde se présente naturellement à nous. L’improvisation aide à comprendre où nous situer par rapport à ce monde. Il s’agit donc davantage de se poser des questions collectivement : où nous situons-nous ? Où plaçons-nous nos corps ? Comment nous influençons-nous les un.e.s les autres? Comment nous relions-nous ? Comment prenons-nous nos distances ? Que faisons-nous ensemble ?

    V              Au fond, je pense qu’il s’agit en quelque sorte d’accepter que nous ne savons pas. Je trouve que c’est un espace d’honnêteté. Dans le monde de la danse, quand on rédige un dossier, il y a tant de choses qu’il faut savoir, tant de choses qu’il faut présenter pour obtenir un financement, tant de choses qu’il faut décrire pour expliquer ce que l’on va faire sur scène. Alors qu’en réalité, ce n’est pas vrai. Non, nous ne « savons » pas. Par contre, nous ressentons les choses ! Nous avons nos corps. Nous sommes plein.e.s de sensations. C’est de là que nous partons, et nous espérons que les participant.e.s s’engageront dans cette sensibilité, les sens et le cœur grands ouverts, tout comme nous le faisons dans le processus de création du festival.

    D              L’improvisation est un outil d’échange et de partage qui ne nous oblige pas à respecter des formes ou des limites spécifiques comme peuvent l’imposer d’autres techniques ou pratiques. Cela touche à la notion d’accessibilité, à cette ouverture qui invite chacun.e à venir tel que l’on est et à jouer avec cette spontanéitéet cette créativité. Tout cela est lié, y compris sur le plan politique, à l’idée d’ouvrir les limites et les frontières, pour permettre la coexistence.

    OUVERTURES – Les rencontres, les échanges et l’amitié constituent la force vive du festival, et notamment une collaboration étroite qui se noue avec Trópico Intenso, une association basée à Bogotá.

    J                Trópico Intenso organise également un festival itinérant, dont l’essence même est de vivre deux semaines intenses d’entraînement axées sur la décentralisation de la pratique de Bogotá, la capitale. Il s’agit là d’un acte de rébellion. Si on tient compte de la réalité en Colombie et dans d’autres régions d’Amérique du Sud, où se déroulaient des affrontements entre cartels de la drogue, où la guérilla était présente, où des personnes ont disparu, et qui reste encore aujourd’hui fortement paramilitarisée, organiser sur ces territoires un festival de deux semaines prend un sens complètement différent, qui engage politiquement. C’est par la provocation que Trópico Intenso interroge la place de la danse dans la société. Cette année TFF accueille « Sopa Sound Sistema », un événement ouvert à tou.te.s, où les participant.e.s pourront danser tout en cuisinant, avec une cheffe qui s’occupera à la fois de la cuisine et de la playlist. Cette cheffe, c’est l’une des tantes de Nelson, co-organisateur de Trópico Intenso. Cette provocation nous a ouvert la voie pour poursuivre avec le « Marché Pirate » proposant différents stands d’information, d’artisanat, d’archives autour de la danse mais aussi d’autres activités qui font partie de la vie humaine. C’est en quelque sorte le fruit de la rencontre entre ces deux associations différentes. Les co-organisateur.ice.s de ce festival sont aussi des compagnon.e.s de nombreuses aventures communes liées à la création et au travail en danse. Et c’est ce qui nous amène à la confiance. La beauté de la collectivité, c’est de disposer de cet espace où l’on peut réellement faire confiance à ce qui est créé.

    Cette transcription, raccourcie et remaniée pour plus de clarté, ne rend compte que partiellement du riche échange qui a eu lieu. 

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