Keeping Still – part 1
Par CONTREDANSE -Isabelle le mercredi, octobre 1 2008, 10:34 - Lien permanent
Spectacle de 70 minutes vu au Rosas Performance Space le 30 août 2008
Nouveauté offerte par la chorégraphe belge Anne Teresa De Keersmaeker, en collaboration, pour la première fois, avec Ann Veronica Janssens pour la lumière.
Conformément à son éternel besoin de rénover la danse en y introduisant ses pensées sur le devenir de notre planète, Anne Teresa nous offre Keeping Still. Elle s’aidera pour cela d’un lied de Gustav Mahler, Das Lied von der Erde.
Solo de pratiquement plus d’une heure, mais quel solo! Danse très pure, mouvements fluides très lents…mais surprenants pour un néophyte, car ce solo est dansé pratiquement sans accompagnement musical. Le spectateur se rendra compte que toute la partition se trouve bien enregistrée dans la tête d’Anne Teresa, mais… elle ne la partage pas.
On n’entendra que très peu l’accompagnement musical.
Il faut le connaître.
Le public installé, les lumières sont éteintes. Après dix minutes de noir absolu, sans aucun bruit, à part la perception de quelques pas, Anne Teresa De Kersmaeker tente de nous faire participer à sa chorégraphie en nous chantant en allemand la complainte de Gustav Mahler.
(Heureux les connaisseurs car on ne distribuera la copie du Lied qu’après le spectacle.)
Enfin, ce long effet intentionnel de «noir dans la nuit » nous amène à une très belle naissance du jour au travers d’une brume intense.
On doit ce bel effet lumineux à la collaboration d’Ann Veronica Janssens qui a su diriger ses spots lumineux, ce qui au travers d’une brume intense nous donne à percevoir une danse propre à Anne Teresa De Kersmaeker.
Vient se joindre à elle, toujours dans le silence, pour un peut-être trop court instant, David Hernandez. Ils formeront un couple extrêmement suggestif.
Anne Teresa évoluant alors seule sur scène, nous laisse rêver la suite de cette « journée ». Notre regard est sans arrêt dirigé vers ses mouvements en perpétuelle évolution. Quelques rares notes de l’œuvre de Mahler vont nous aider à les suivre; mais elles sont rares.
Un moment particulier du spectacle : Anne tire les nombreux stores et volets de la salle et y laisse entrer, heureux effet du hasard, le soleil rougeoyant si rare dans nos régions. L’effet est sublime.
Anne dansera le Lied jusqu’au moment où elle sera à nouveau plongée dans la brume du soir ; le spectacle est très beau.
Anne est habillée tout simplement d’un vieux jeans troué et d’un polo défraîchi.
Elle terminera en venant s’asseoir parmi son public afin d’y méditer avec lui sur le devenir de la planète.
Elle sera récompensée par lui; il lui fera une très chaude ovation pour cette formidable prestation.
Jean-Maurice Gillieaux