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10 ANS DE DANSE. Répertoire des oeuvres chorégraphique de la communauté française 1996-2005.
Préambule

1. Préambule  

Pour mieux comprendre cette période 1996-2005, il nous faut replonger dans le passé. Le premier jalon de l’histoire de la danse en Communauté française se situe en effet dans les années trente, avec l’apparition d’une danse moderne figurée par la danseuse Akarova, dans un contexte où la danse est réduite aux ballets d’Opéra. Le deuxième est la création à Bruxelles, en 1960 par Maurice Béjart, du Ballet du XXe siècle, dont le rayonnement sera international. La naissance en 1966, d’une tradition de danse classique avec la création par Hanna Voos du Ballet royal de Wallonie constitue le troisième jalon. Puis, la longue marche du mouvement de la nouvelle danse, à partir du début des années 80, marquée par le départ de Maurice Béjart en 1987 et consacrée par la création en 1991 du Centre chorégraphique de la Communauté française en place du Ballet royal de Wallonie avec à sa tête, Frédéric Flamand, et d’une véritable politique de soutien aux chorégraphes indépendants. L’avènement de cette nouvelle danse constitue le quatrième jalon de notre histoire. Le paysage chorégraphique en Communauté française s’est donc complètement inversé, dominé par ce que l’on appelle désormais la danse contemporaine, souvent opposée à la danse classique, mais surtout issue des révolutions qu’ont connus les arts de la scène et les arts plastiques. 

Entre 1991 et 1996, la danse a connu une incroyable effervescence. Une trentaine de chorégraphes actifs en Communauté française se sont installés principalement à Bruxelles, devenue en quelques années un des pôles de la danse en Europe et une terre promise pour de nombreux danseurs étrangers, attirés par cette effervescence mais répondant aussi à la pénurie de danseurs que connaît la Belgique depuis la fermeture de l’école Mudra en 1988. Un phénomène qui sera déterminant dans le développement du mouvement, puisque certains de ces danseurs deviendront chorégraphes à leur tour et que ce cosmopolitisme artistique deviendra «la marque de fabrique» de la création chorégraphique en Communauté française.   

En 1996, l’heure n’est pourtant pas à l’euphorie, mais à l’interrogation. Il est en effet devenu facile de se lancer comme chorégraphe en Communauté française. Et c’est ce qui fait la vitalité du mouvement. Mais encore faut-il pouvoir accompagner sa croissance en ce qui concerne son soutien, des lieux d’accueil… Cette « vague » de nouveaux chorégraphes va-t-elle s’arrêter ou se reproduire? Sans compter que la première promotion de PARTS, l’école internationale fondée en 1995 par Anne Teresa de Keersmaeker sortira bientôt, dans deux ans. Ces jeunes danseurs et chorégraphes vont-ils retourner dans leur pays y exercer leur métier ou vont-ils rester à Bruxelles?

L’avenir laisse présager bien des évolutions possibles. 

En résumé, voici les plus remarquables d’entre elles, pour cette décennie 1996-2005. 

La multiplication de nouveaux chorégraphes, l’ouverture des lieux à la danse, dominante dans les festivals, présente à l’étranger; l’émergence d’une danse jeune public. Le mouvement de la danse s’amplifie donc par vagues successives, sans que soit remis en question sa qualité et son originalité à savoir sa grande diversité: hybride, transdisciplinaire…. Quand elle ne s’engage pas dans une démarche sociale ou politique.  

Son soutien, par contre, a du mal à suivre ce développement si rapide. Ainsi dès  novembre 1998, lors de la présentation publique de 20 ans de danse. Répertoire des œuvres chorégraphiques créées en Communauté française, 1975-1995, qui marquait un grand pas dans la constitution d’une mémoire, d’une histoire de la danse en Belgique francophone, les chorégraphes présents interpellèrent les pouvoirs publics, demandant l’élargissement de l’enveloppe budgétaire et pointant du doigt le manque de lieux. Une initiative qui en augurera d’autres, tout au long de cette décennie, à l'instigation de ce qu’on appelle désormais, la RAC, la Réunion des auteurs-chorégraphes, bien décidés à faire entendre leur voix.  

Le Centre chorégraphique Charleroi/Danses va connaître des difficultés dans la réalisation de ses missions et être la cible des jeunes chorégraphes par sa situation de première institution de la danse. Une situation qui conduira à un changement historique, puisqu’elle débouchera sur la suppression de la seule compagnie permanente en Belgique francophone : celle rattachée au centre chorégraphique du même nom.  

Dix ans se sont à peine écoulés pour rendre compte en détail de l’évolution de ce mouvement, d’où le choix pour le texte qui suit, d’un parcours thématique et historique avant tout basé sur des faits objectifs et non sur leur interprétation critique – même si elle n’en est pas absente. Une structure qui par ailleurs sied bien à la notion de répertoire d’œuvres, outil de référence pour le lecteur tant spécialiste que néophyte.